Rechercher
  • nmettouchi

La décennie de l'action dans le changement, un voyage vers une nouvelle destination

Dernière mise à jour : 12 févr. 2021

Changer pour changer, construire sa stratégie à trois ans, la revoir au bout d'un an, mettre des moyens financiers extravagants dans des redirections, puis repartir à zéro car les résultats n'arrivent pas assez vite, … A l'exprimer comme cela, on y voit en effet peu d'intérêt, sauf à vouloir casser les repères des clients et partenaires, et épuiser les ressources internes. Se transformer n'est pas une fin en soi mais bien une étape vers un renouveau, une autre aspiration qui peut compléter ou remplacer la précédente.


Le point notoire est que depuis quelques années, plus ou moins fortement selon la maturité des secteurs, la transformation est permanente. Elle ne s'arrête pas pour laisser le temps d'apprécier la renouveau atteint. Le rapport au temps est chamboulé et le rythme s'accélère. Laissant penser que l'objectif principal est finalement de bouger, d'être en mouvement, plus que d'atteindre la fin du chemin, comme s'il n'y avait plus de ligne d'arrivée. Et engendrant un questionnement sur le pourquoi changer, sur le sens de l'effort fourni et sur la perte de repère tant en interne que pour les clients.


Alors qu'il parait si évident que pour vivre et évoluer dans un écosystème, il faut savoir s'adapter à ces changements et revisiter sa place pour s'y différentier, comment se donner les bons repères pour faire de la transformation autant un chemin qu'une destination ? Ceux qui s'y sont essayés ont sans doute perçu que la difficulté réside dans le fait que le chemin est long et que la destination est incertaine, d'autant plus que le paysage change en même temps que l'on avance sur la route. Sauf que quand il s'agit de partir en vacances en famille ou avec des amis pour découvrir un pays sans avoir tracé son itinéraire à l'avance, cela parait tout de suite plus motivant… Tout simplement parce que l'enthousiasme est dans le chemin parcouru lui-même, dans l'envie de découvrir tout en s'amusant, et que la destination finale est un retour chez soi en n'étant plus tout à fait le même, gorgé de bons souvenirs et de nouvelles envies de repartir à l'aventure.

Vivre ou faire vivre une transformation en entreprise pourrait-il être comme ce voyage de loisirs ? Finalement, tout le monde y aspire sans doute, étant donné la place de notre vie professionnelle dans notre quotidien. Toutefois, l'entreprise reste un corps économique, qui fonctionne sur une notion de rentabilité. Qu'elle redistribue ses bénéfices à ses sociétaires sans but lucratif, ou qu'elle recherche des dividendes pour ses actionnaires, elle se doit d'être suffisamment rentable ou du moins équilibrée pour mener à bien sa mission. Et donc, la destination doit être suffisamment rassurante pour assurer cet équilibre, et suffisamment proche pour vivre au rythme des exercices comptables. Le paradoxe devient alors crucial : comme la transformation prend du temps et se fait forcément sur le long terme, l'engagement mis sur la réussite de la trajectoire elle-même garantit une meilleure appropriation et adhésion de la gouvernance de l'entreprise.


Et donc, comment allier temporalité, trajectoire et destination sans laisser personne - client, collaborateur, gouvernance - sur le bord de la route ?


La recette d'une transformation à laquelle on prend plaisir à participer, tout en étant garant de ne pas se perdre en route faute de moyens ou d'énergie, est sans doute celle qui sait jongler entre le choix d'étapes sur le trajet du voyage et le fait de ne pas perdre la destination de vue.


Les étapes deviennent alors les résultats probants qui ressourcent, rassurent et laissent le temps de regarder en arrière et en avant, ce qu'on appelle plus communément le "pas à pas". Elles garantissent de pouvoir faire les bilans et mesurer les KPI nécessaires, financiers, commerciaux ou autres, au rythme des exercices comptables. Mais elles permettent aussi de bien repartir en pleine forme pour la suite du voyage et d'adapter aux besoins le périple en fonction de la météo et des calendriers. La destination reste le retour chez soi, mais dans un renouveau atteint qui enthousiasme car les nouveaux repères sont acquis de manière plus intuitive, et le sens de l'effort fourni est plus perceptible. De quoi donner envie de repartir en voyage !

Finalement, le chemin devient aussi important que la destination à atteindre, et c'est en cela que c'est une transformation d'entreprise et non un plan stratégique. L'important n'est pas de bouger en permanence, mais de se mettre en mouvement sur une destination dans laquelle les parties prenantes voyagent, se créent pas à pas de nouveaux repères dans des modes d'organisation plus adaptés, et vont encore plus loin que ce qu'elles avaient même pu imaginer.


Du moins, c'est comme cela que je perçois une transformation réussie en entreprise, et comme cela que j'accompagne les dirigeants sur les mises en mouvements lors de transformations profondes de leur entreprise. Et comme l'année 2020 a plutôt eu tendance à différer nos voyages à travers de le monde, quoi de plus agréable que de se dire que l'on peut tout de même voyager un peu depuis son quotidien…


Et vous, comment percevez-vous la notion de transformation ? Vous fait-elle peur parce qu'elle est longue et amène vers un futur inconnu, ou l'appréciez-vous parce qu'elle permet d'avancer vers de nouveaux challenges ? Préférez-vous des plan d'actions prédéfinis et rythmés revus annuellement ? Mais en fait, qu'est-ce qui vous donne envie de changer ?


Nawel Mettouchi-Vaillant, Fondatrice Let'Sense

Novembre 2020